War On Screen - Festival International des cinémas de guerre

ARCHIVES ET REPORTAGES


ARCHIVES ET REPORTAGES


Depuis l’invention du cinéma, il est bien évidemment impossible de se représenter et de penser l’histoire, notamment l’histoire de ses guerres, indépendamment de ce nouveau médium. Pas 
seulement parce que le cinéma a très tôt voulu reconstituer, sur le mode de la fiction, la violence historique qui se déchaîne sur les champs de bataille, mais parce que son existence même bouleverse l’information que l’on peut en donner. Le cinéma, poursuivant et approfondissant le travail de la photographie, se donne d’emblée comme vocation d’archiver la réalité historique. Ainsi, dès la fin des années 1890, les frères Lumières missionnent-ils des opérateurs pour qu’ils ramènent des Vues, parmi lesquelles celles de l’histoire en cours : cérémonies diverses, couronnement, manifestations, etc. C’est la définition même des « actualités » : l’histoire perçue et racontée désormais au présent. Idéalement, il s’agit avec le cinéma de faire coïncider l’évènement avec son image. Or, la guerre est l’évènement historique par excellence. Et face à celui-ci, le cinéma s’engage dans une course poursuite irréversible: arriver le plus tôt, le plus vite possible, pour tenter d’approcher le moment même de son surgissement (dès que cela sera techniquement possible, les armées emmèneront avec eux des caméras; et les journalistes chercheront à se placer au plus près), sélectionner ses moments les plus explosifs et spectaculaires, chercher à augmenter la visibilité de la scène.

En un siècle, de la guerre de 14-18 (dont on reconstituait après coup les affrontements de la manière la plus réaliste possible) aux scènes de batailles contemporaines (au milieu desquels n’importe qui, armé d’un téléphone portable munie d’une caméra, peut aujourd’hui en devenir l’archiviste), on voit le trajet qui a été accompli. L’histoire du cinéma est ici l’histoire d’un raccourcissement de la distance entre l’évènement et sa représentation.

Et dans cette histoire, on aurait sans doute tort de trop vite distinguer les images d’archives d’un côté et la reconstitution de l’autre, d’opposer les techniques journalistiques et documentaires et celles de la fiction. Ce n’est pas un hasard, si pendant la Seconde Guerre mondiale, les hommes de Hollywood sont mobilisés pour raconter la guerre en cours : le plus prestigieux des réalisateurs, John Ford, étant à la tête de la propagande américaine...

Images captées, à chaud, sur le terrain même de combats, et images créées par des réalisateurs de fictions se mêlent allègrement. Les fictions parlant des guerres intègrent des images d’archives et de reportages. Inversement, les services dits « d’archives » ont pris la mesure du pouvoir de la fiction et ont mis en œuvre de nombreuses productions de fiction. La séance consacrée à l’humour dans les collections inépuisables de l’ECPA-D (établissement du Ministère de la Défense) illustre de façon originale ce volet inattendu de « l’image aux armées ».

Filmer les guerres d’aujourd’hui, avec la multiplication des écrans et la quasi simultanéité entre moment de captation et visionnage, pose des questions inédites revisitant la relation au spectateur. Thierry Thuillier, reporter et directeur de l’information à France Télévisions, est témoin et acteur privilégié des mutations et des enjeux actuels, c’est ce qu’il vient partager au Festival.


C’est aux confins de ces relations infinies tressées entre fiction et réalité que Serge Viallet nous invite à relire et décrypter les images d’archives. Ses « Mystères d’archives », sont autant de véritables petits « polars » montrant la face cachée d’images que l’on croit pourtant connaître par cœur tant elles font partie de notre patrimoine historique et visuel commun.

Il est passionnant de voir toutes les images ensemble, de comprendre comment les images d’archives des guerres inspirent ou déterminent les fictions à venir et d’avoir bien conscience que les fictions deviennent des filtres à travers lesquels nous nous représentons les évènements qu’elles reconstituent.

SB & PB

 

 


LES FILMS

 
MYSTERES D’ARCHIVES

1944 - DE GAULLE DANS PARIS LIBÉRÉ de Serge Viallet et Pierre Catalan (2009) - France
1945 - LA CAPITULATION DU JAPON de Serge Viallet et Pierre Catalan (2012) – France

KWAI de Serge Viallet (1990) – France

LES RUSSES ARRIVENT, LA GUERRE FROIDE A HOLLYWOOD
de Clara & Julia Kuperperg (2011) – France

APOCALYPSE, LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE 
d' Isabelle Clarke & Daniel Costelle - Documentaire (2012) – France

RIRE AU CINÉMA DES ARMÉES
Production ECPAD (1954-1985) – France


 

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